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Lieutenant-colonel Pierre VALOT, ancien officier d’essais au CEL de Biscarosse.
 

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Cet article vient à la suite de l’expérience du Capitaine Robert, qui a mis sur orbite en 1965, le premier satellite français, ASTERIX avec une fusée DIAMAND. Encore une fois, il met en exergue la facilité des officiers d’artillerie, à s’adapter à des situations très particulières. Ce qui démontre que leur formation initiale et leurs expériences sur le terrain les rendent aptes à mettre en œuvre des moyens parmi les plus sophistiqués. Pour le Capitaine Valot, il s’agissait de poursuivre l’expérience française dans l’usage des fusées, pour la conquête de l’espace et la dissuasion nucléaire.
Témoignage recueilli par Jean-Pierre BARILLER (administrateur de ce site).

Pierre Valot - Officier d’essai au CEL à Biscarosse

Après trois années passées à l’Ecole d’Application de l’Artillerie, depuis son installation à Draguignan en 1976, j’ai été affecté au Centre d’Essais des Landes (CEL) en Août 1979.

Avant d’arriver à Biscarosse, je me suis documenté et j’ai appris que le CEL et ses « Annexes » avaient été créés pour continuer le développement de l’armement nucléaire français suite à l’indépendance de l’Algérie et l’abandon des bases qui avaient été créées à cette intention dans le Sud-algérien.

A mon arrivée, j’ai été affecté dans un service qui gérait les différentes bases d’essais sur l’immense étendue du Camp de Biscarosse, voire au-delà... J’étais alors très loin de la division des essais « Terre - Air - Mer » qui me faisait rêver. Mais j’étais quand même le seul officier à travailler avec les civils, car au CEL, il y avait à cette époque 1500 militaires et 1500 civils, ce qui n’est pas une mince affaire.

Après quelques mois à cette fonction, je n’arrêtais pas de demander mon affectation à la division des essais. Puis un jour j’ai été reçu par le Directeur du CEL. Et, à ma très grande surprise il m’a transféré à la division des essais pour devenir l’officier d’essais du missile balistique, en remplacement d’un départ précipité d’un capitaine de vaisseau, parti pour raisons personnelles... J’étais aussi capitaine à l’époque, mais dans l’armée de terre, ce qui ajoutait un peu de sel à la situation...

Le prochain tir, le dernier à partir du sol, était prévu dans trois semaines... Fort heureusement j’ai été pris en charge dès mon arrivée par l’officier d’aviation, officier d’essais des missiles du Plateau d’Albion, ainsi que par les responsables des cellules Radar et Informatique (dont un artilleur le colonel Lamboley).

Ce premier tir a été pour moi un vrai calvaire mais tout s’est très bien passé.

Bien installé dans mon nouveau rôle, j’ai effectué pendant la première année trois lancements depuis le sous-marin d’essais, positionné face au CEL, sous-marin à propulsion classique. A l’été suivant, je pensais devoir céder ma place à un marin, mais en vain !

Les deux années suivantes, j’ai tiré avec succès quatre autres missiles. Mais au PAM 1982 arrive un capitaine de corvette qui prend ma place. Alors que je lui passe les consignes pour le dernier tir, il m’annonce qu’il sera absent à ce tir, car il doit suivre un stage.

Le Directeur du Centre me convoque à nouveau et m’ordonne d’effectuer ce 8ème tir. Car celui-ci est important dans le cadre du déroulement du programme des missiles balistiques. Cette fois encore le lancement est un succès et je m’enorgueillis d’être le seul officier de l’armée de terre à avoir eu une telle expérience, après bien sûr les exploits antérieurs du Capitaine Robert depuis Hammaguir avec en final le lancement du premier satellite français en 1965.

Comment peut-on décrire le déroulement d’un essai ?

Trois mois avant la date du tir, on me communique le point précis de la retombée des têtes du missile. Je rédige un ordre d’essais et je le présente à Paris, en présence de l’officier du CEL chargé de détruire le missile en vol si ce dernier vient à sortir du lobe du radar.

Avant cela, les Annexes du CEL, qui participent au tir, sont informées, ce sont :

  • les bases radars d’Hourtin et de Quimper, plus une base radar installée sur une île de l’Atlantique, qui viennent compléter les observations des radars du CEL et suivre le comportement du missile dès sa sortie de l’eau ;
  • un bateau équipé de radars, chargé de relever les points d’impact des têtes, donc positionné au voisinage de l’objectif prévu.

Un incident s’est produit lors du dernier tir. La chronologie a dû être arrêtée à H-45s, car le contrôleur aérien du CEC, qui se trouve à l’aéroport de Quimper, m’annonce qu’un avion de ligne risque d’arriver à la verticale du site de lancement, dans cet espace de temps...

Je demande au contrôleur de se mettre en contact avec le pilote de l’avion pour lui expliquer rapidement la situation et de lui proposer, soit de ralentir, soit de se dérouter de sa trajectoire... C’est cette dernière solution qui est retenue par le pilote et le compte à rebours peut reprendre.

Le tir est une nouvelle fois réussi !

J’appelle alors le pilote pour le remercier de son évitement. Il m’annonce alors qu’il avait admiré la sortie du missile de l’eau avec ses moteurs allumés...

Ainsi se termine mon séjour au CEL avec, au bilan, mon concours à la pleine réussite des 8 tirs d’essais pour l’équipement futur des sous-marins nucléaires de la Force de dissuasion océanique en missiles balistiques M4 puis M45 !


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