L’organisation de l’Artillerie > 1- Des débuts à la fin du XIXè siècle > Aux racines de l’artillerie française : Le Corps Royal >
04- Premiers inspecteurs-généraux - 2ème partie
 

Premiers inspecteurs-généraux - 2ème partie

Le premier essai connu de l’art des mines fut fait en 1487, par les Génois, au siège de Serrezzanella. Le célèbre Pierre de Navarre, qui de simple soldat s’éleva, en France & en Espagne, aux premières dignités, témoin de cet essai grossier qui n’avoit pas même réussi, ayant quitté le service de Gênes pour celui de Charles-Quint, tenta de renouveler une expérience mal faite ; il mina le château de 1’Œuf à Naples, & en rendit maître les Espagnols en 1503.

Telle est l’origine des mines. Les Anciens en ont eu, mais elles ne pouvoient ressembler aux nôtres, que la poudre est destinée à faire jouer. Cet art, borné chez eux par sa nature, ne dut point arriver à la perfection à laquelle nous l’avons porté, & n’exigea jamais les talens & la science qui ont immortalisé les de Lorme, les Antoniassy, les Vallière, les Gribeau-val . Aucune puissance en Europe n’ avoit songé à former un corps destiné à exercer cet art, quand Louis XIV créa, en 1679, la première compagnie de mineurs, laquelle fut d’abord commandée par M. le Goulon, & ensuite par M. Devallière père. Il en forma une seconde en 1695, & deux nouvelles en 1705 & 1706 . Les deux premières étoient de quatre-vingts, la troisième de cent-vingt & la quatrième de soixante hommes, commandées chacune par cinq officiers.

En récapitulant, on voit que, vers la fin du siècle de Louis XIV, le corps de 1’ artillerie étoit composé du grand-maître, de soixante lieutenans du grand-maître, ayant le rang d’officiers-généraux, brigadiers ou colonels ; soixante commissaires provinciaux, avec rang de lieutenans-colonels ; soixante commissaires extraordinaires, ayant rang de capitaines en premier ; & quatre-vingts officiers-pointeurs, ayant rang de lieutenans. Tous ces officiers étoient répartis pendant la paix dans les places de guerre, excepté quelques commissa ires extraordinaires & officiers- pointeurs, qu’ on employoit dans les écoles d’ artillerie, car il y en avoit déjà d’ établies.

Par 1’ ordonnance de 1720, on incorpora toutes les troupes destinées à servir 1’ artillerie dans le régiment-royal-artillerie, & 1’ on créa en même temps une cinquième compagnie de mineurs.

Cette incorporation se fit à Vienne en Dauphiné, & royal-artillerie fut com-posé de cinq bataillons, chacun de huit compagnies de cent hommes, commandées par deux capitaines & deux lieutenans.

Le Roi resta colonel, & le grand-maître, colonel-lieutenant du régiment.

Il fut décidé, en 1722, que le lieutenant-colonel de chaque bataillon de royal-artillerie auroit le rang de lieutenant du grand-maître ; les deux premiers capitaines celui de commissaires provinciaux ; les autres capitaines, celui de commissaires ordinaires ; les lieutenans, celui de commissaires extraordinaires . Les différens grades des deux corps ayant été ainsi assimilés, à grade égal, l’ancienneté du brevet donna le commandement.

On recevoit dans chaque compagnie de royal-artillerie deux cadets, qui comptoient pour le complet parmi les soldats, en faisoient le service, & suivoient les écoles de théorie. Tel étoit le fonds dont on tiroit les officiers de royal-artillerie. Le corps de l’artillerie admettoit à la suite de ses écoles des volontaires sans appointemens, qui en suivoient les instructions, & devenoient ensuite officiers-pointeurs.

En 1729, les cinq compagnies de mineurs & les cinq d’ouvriers furent séparées du régiment royal-artillerie ; les premières furent fixées à cinquante hommes, y compris deux cadets, & commandées par un capitaine, deux lieutenans & deux sous-lieutenans ; celles d’ ouvriers, le furent à quarante hommes, commandées par un capitaine et un lieutenant. Chaque bataillon de royal-artillerie resta formé de huit compagnies de 70 hommes, commandées par deux capitaines, deux lieutenans & deux sous-lieutenans, gui eurent rang d’officiers-pointeurs.

En 1743, les compagnies de royal-artillerie furent augmentées de trente hommes, & portées à cent. Chaque bataillon reçut, en 1747, l’augmentation de deux nouvelles compagnies de cent hommes chacune. En 1748, royal-artillerie étoit de cinq mille soldats & trois cents officiers.

Des vues plus étendues que celles qui jusqu’ alors avoient déterminé les différentes formations de l’artillerie, laissèrent croire que le bien du service exigeoit la réunion de trois corps qui avoient entre eux une très -grande affinité. Il fut donc résolu d’unir ensemble, sous le nom de corps royal de l’artillerie & du génie, le corps de l’artillerie, celui des ingénieurs du Roi, & le régiment royal-artillerie : ce dernier n’étoit déjà plus ce qu’il étoit en 1748. Chacun de ses cinq bataillons étoit de dix compagnies de soixante-douze hommes, commandées par six officiers. Les cinq compagnies de mineurs & les cinq d’ouvriers, toujours séparées de ce régiment, étoient, les premières de soixante hommes & six officiers ; les secondes de quarante hommes & de trois officiers ; l’état-major de chacun des bataillons étoit de quatre officiers.

L’ effectif de ce régiment & de ces compagnies étoit donc, en 1755, de quatre mille cent soldats & 365 officiers.

L’ordonnance de la réunion parut le 8 décembre 1755. Les officiers du corps de l’artillerie étoient au nombre de 321. Ceux du régiment royal-artillerie de 365, & les ingénieurs du Roi de 300.

Ce qui fait un total de 986.

Le corps royal de l’artillerie & du génie ayant été augmenté, en 1756, d’un bataillon, d’une compagnie de mineurs & d’une d’ouvriers, il eut alors six bataillons de seize compagnies de cinquante hommes, commandées par six officiers ; l’état-major de chaque bataillon étoit formé de cinq, & les compagnies de mineurs & d’ouvriers restèrent telles qu’en 1755. Les bataillons eurent donc à cette époque, y compris les mineurs & les ouvriers, 5 300 soldats et 651 officiers ; le reste de ces derniers fut réparti dans les places au nombre de 320. Ainsi, le total des officiers du corps royal étoit de 971.

En 1758, on retira les ingénieurs du corps royal pour en former un corps séparé, sous le titre de corps des ingénieurs. Cette même année, les six bataillons du corps royal de l’artillerie furent convertis en six brigades de huit compagnies de cent hommes, auxquelles on réunit les ouvriers. Les sapeurs & les mineurs en furent détachés & donnés aux ingénieurs en 1759. Le nombredes soldats du corps royal se trouva réduit alors à 4 800, & celui des officiers à 576.

Louis XV créa, en 1758, quatre compagnies de canonniers invalides, pour servir de retraite aux soldats du corps royal.


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