Intervention en Centrafrique (note liminaire)

Intervention en Centrafrique (note liminaire)

Par FNA
20 avril 2014

La république Centrafricaine illustre la recomposition des sphères d’intervention de la part des grandes puissances. Elle révèle à nouveau l’absence de l’Europe, même si celle-ci contribue au financement des armées africaines et françaises et si elle vient d’annoncer une participation, très modeste d’ailleurs, de quelques forces non encore opérationnelles . Les États-Unis considèrent, comme au Mali, que les pays francophones du champ sont du ressort de la France, à défaut d’Europe.

La France se retrouve donc à nouveau en première ligne, dans une situation particulièrement délicate , même si elle ne semble pas a priori trop « risquée » , les interventions étant plutôt de type police et gendarmerie sur un immense territoire que d’ordre militaire contre un ennemi bien désigné .

Les défis à relever sont considérables et peuvent s’énoncer ainsi :

  • dans le court terme, sécuriser les personnes et les biens et empêcher une guerre civile, voire un génocide, et permettre le retour des humanitaires et des structures étatiques de base ;
  • favoriser la montée en puissance rapide de la Misca (mission internationale de soutien à la Centrafrique) et son déploiement opérationnel, afin qu’elle assure le contrôle sécuritaire de la situation et facilite la transition politique.

Face à un État failli, qui a sombré dans l’anarchie, dont plus aucune structure légale ou administrative ne fonctionne, dont les finances publiques sont exsangues, malgré des richesses naturelles réelles et abondantes, on peut mesurer à quel point le rôle des forces françaises, limitées pour l’instant à 1 600 hommes, ne saurait être ni une sinécure, ni une panacée. Leur mandat initial de six mois sera probablement prolongé..
Nous aurons certes répondu courageusement à l’urgence militaire. Mais, désormais, l’urgence est diplomatique. La France ne pourra assurer seule la transition démocratique. C’est le rôle de l’ONU. Sans renfort militaire supplémentaire, comment assurer en effet la stabilisation politique de ce pays ? Comment éviter l’engrenage ? Comment garantir la reconstruction de l’État de droit, voire de l’État tout court ?

Pour mieux comprendre l’enchaînement ou l’imbrication des divers événements et tenter de dégager de cette opération les premières conclusions qui nous semblent essentielles, notamment sur le plan de la stratégie française telle qu’elle vient d’être récemment (re) formulée, tant par le Livre Blanc que dans la nouvelle Loi de programmation militaire, nous consacrerons à l’étude de ce thème deux numéros successifs.

Dans la présente livraison, nous planterons le décor géopolitique assez complexe de la RCA, avant de passer en revue les différents acteurs du conflit et de rappeler à grands traits la chronologie des événements ayant conduit au déclenchement de l’opération Sangaris exposée dans le prochain Bulletin.

Cette intervention militaire semble inaugurer une phase nouvelle des liens de la France avec ses anciennes colonies. Il s’agit d’en finir avec des opérations souvent critiquées où les forces françaises soutenaient un camp politique contre un autre. En conditionnant désormais ses engagements au principe de la légalité internationale avec une résolution onusienne et le soutien des organisations régionales (l’Union Africaine, la Communauté Économique Régionale) et au principe de légitimité avec le refus de voir bafouer les droits de l’homme, la France tente de sortir d’une relation controversée avec ce pays. Elle pose dès lors les termes d’une redéfinition de sa diplomatie de défense avec ses partenaires dits du « pré carré français », au premier rang desquels la république Centrafricaine. Les forces françaises sont ainsi passées de l’intervention de soutien à un pouvoir politique à la protection de la population civile, sous mandat de l’Organisation des Nations Unies.
En engageant ses troupes pour prévenir une « situation pré-génocidaire » et dont elle paie le prix du sang versé avec ses soldats tombés au nom des valeurs démocratiques défendues, la France construit pas à pas une nouvelle relation avec ses ex-colonies d’Afrique subsaharienne.

Mais le chemin de cette nouvelle diplomatie sera long, car, loin des enjeux militaires, l’enjeu économique derrière la guerre n’est jamais très loin…

< Toutes les publications