L’artillerie et la Loi de programmation militaire

L’artillerie et la Loi de programmation militaire

Par FNA
1 janvier 2014

L’artillerie et la Loi de programmation militaire (LPM)

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les données, commentaires ou allusions à notre arme ne foisonnent pas dans les documents officiels qui viennent d’être publiés depuis quelques mois.
Pour se faire une idée assez précise du devenir de l’artillerie, il faut étudier avec soin les compte rendus d’audience rédigés par la Commission de la défense nationale de l’Assemblée nationale et du Sénat….C’est d’ailleurs bien souvent à travers les réponses aux questions que le sort réservé à l’artillerie dans le modèle d’armée 2015 se dévoile peu à peu.

Le parc artillerie de l’armée française est actuellement de 77 Caesar. On notera que la seconde tranche de 64 Caesar inscrite dans l’actuelle LPM (2009-2014) pour la période 2014-2019 n’apparaît plus dans le projet de la future Loi.
Dans la Revue capacitaire des armées établie par les députés Yves Fromion et Gwendal Rouillard, l’on a appris que cette seconde commande avait été reportée par l’État-major des armées « de 2014 à 2017, imposant de facto le maintien d’une partie des TRF1 et des AUF1 jusqu’en 2021 ».1

Dans le rapport annexé au projet de LPM 2014-2019, l’on peut lire que les forces terrestres disposent, en 2013, de « 157 canons de 155 mm dont 77 Caesar » et de 13 lance-roquettes unitaire (LRU). S’ils ne sont pas explicitement mentionnés, les canons AUF-1 sont bien comptabilisés dans cette liste puisque sans eux, le total indiqué ne serait pas atteint….
Seulement, dans le tableau détaillant les « principaux équipements opérationnels » en 2019, les canons AUF-1 n’apparaissent plus, l’artillerie ne comptant seulement que 77 Caesar et 13 LRU (page 30 du rapport). Ceci pourrait sous-entendre que l’armée de terre va « perdre » la moitié de ses canons en 5 ans. Alors, de deux choses l’une : soit ces matériels ne seront plus considérés comme « principaux » (80 unités tout de même), soit ils seront retirés tout simplement du service, ce qui laisserait augurer quelques « réorganisations » chez les artilleurs….. !
Quoi qu’il en soit, étant donné qu’il n’y aura pas de nouvelle commande de Caesar, le DGA a expliqué que « pour conserver nos compétences en artillerie, nous devons remporter des contrats d’exportation. »
Laurent Collet-Billon a précisé que le Caesar a de bonnes chances d’être vendu à la Colombie, au Pérou et au Danemark. Pour ce dernier pays, un contrat aurait déjà pu être signé si un accord avait pu être trouvé d’État à État, Copenhague ayant eu l’intention de ne pas ouvrir d’appel d’offres pour ce marché. D’où la mise en place prochaine, comme l’a annoncé le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, d’un dispositif calqué sur le modèle des Foreign Military Sales (FMS) américaines.

Enfin, l’audition du Cemat le 16 octobre dernier semble avoir levé le voile sur l’avenir de nos unités…du moins pour l’instant….
Extraits de l’audition du Général Bertrand Ract-Madoux, Chef d’état-major de l’armée de terre, sur le projet de Loi de programmation militaire et le projet de Loi de finances pour 2014

Commission de la Défense nationale et des Forces armées
(Mercredi 16 octobre 2013).

« J’espère limiter le nombre de régiments dissous à quatre : deux régiments d’infanterie, un de cavalerie, un d’artillerie. Il était également envisagé de supprimer un régiment du génie et un de transmissions, mais je souhaite préserver les fonctions d’appui qui ont été fortement touchées par la déflation des effectifs. Cependant, la fermeture de quatre régiments ne suffira pas pour atteindre les objectifs qui nous sont fixés. Je vais donc simultanément modifier l’organisation interne des régiments d’infanterie, de cavalerie et du génie : je vais réduire le nombre d’escadrons et de compagnies, tout en augmentant le nombre d’hommes au sein de chacune de ces unités. À l’échelle du régiment, il y aura bien une certaine réduction des effectifs. En définitive, les régiments dissous mis à part, nous devrions conserver sensiblement les mêmes capacités militaires.

(……)

Comme je l’ai indiqué, un régiment d’artillerie sera dissous et nous allons réorganiser nos moyens. Le Caesar est aujourd’hui le canon de base de notre artillerie : 77 exemplaires ont déjà été livrés à l’armée de terre. J’ajoute que la livraison en 2014 de 13 LRU renforcera de façon significative les capacités d’appui-feu des forces terrestres.
Quant aux AUF1, même si nous ne pourrons pas les conserver indéfiniment, ce sont aujourd’hui nos seuls canons sous blindage. Ils fonctionnent et demeurent pertinents dans certaines conditions d’engagement. Ils sont en outre indispensables pour disposer, en complément des Caesar, des 109 canons de 155 mm nécessaires au contrat opérationnel.

La question se posera, à partir de 2020, d’acheter des canons Caesar supplémentaires, des LRU ou d’autres équipements. »

< Toutes les publications